Le futur centre pour familles à Steenokkerzeel : dispositif raciste de domination

Le futur centre pour familles à Steenokkerzeel : dispositif raciste de domination

Traduction contextuelle à partir du texte de Brossat : “
Le racisme comme technologie de pouvoir”

Le Secrétaire d’État répond aux critiques du Conseil de l’Europe et insiste sur le fait que, selon la loi belge, des familles avec enfants ne peuvent être détenues que «pour une courte période et dans un environnement adapté à leurs besoins». «Les intérêts de l’enfant sont toujours pris en compte lors d’une telle décision
Ce que montre, peut être plus clairement que n’importe quelle autre, la question de l’enferment des enfants migrants sans-papiers, c’est la duplicité du système qui consiste, sur le versant intérieur, à pratiquer un nursing (« un environnement adapté à leurs besoins ») intense des futurs expulsés déboutés du droit d’asile, ceci dans le cadre du centre de détention où ils seront « accueillis » – Francken entend ainsi montrer le visage humain et humanitaire de la biopolitique de l’étranger – et de l’autre, à être équipé d’une indifférence de glace à ce que pourra être le destin de ces expulsés dès l’instant où ils auront quitté le territoire. Les centres fermés fabriquent cette insensibilité au destin ultérieur des personnes qui y transitent, une insensibilité dont chacun sait qu’elle est l’image de marque de la petite et grande bureaucratie du crime. Les centres fermés présentent, en condensé, une image probante des parfaites compatibilités du versant positif de la biopolitique moderne (« Faire vivre le vivant », l’entretenir, le prendre en charge et le promouvoir) et de son versant thanatocratique qui, jamais, ne s’efface. Ainsi les centres fermés devraient être pensés et combattus en tant que « technologie raciste de domination ». Plus que n’importe quel autre dispositif de gouvernement, les centres fermés montrent qu’il n’existe aucune incompatibilité entre le « versant humain » de la bio-politique et son visage ferme, sa réserve de violence illégale et meurtrière. Le « centre-fermé-humain-mais-ferme », l’ « enferment des familles déboutées du droit d’asile dans un environnement compatible avec les droits de l’enfant » constitue en réalité un seul et unique dispositif en boucle parcouru par la fracture qui zèbre tout l’édifice de la biopolitique et du biopouvoir : pas de promotion de la vie par les pouvoirs modernes sans exposition à la mort de certains corps, de certaines catégories. Les « centres fermés pour famille respectueux des droits de l’enfant » ont pour objectif de faire en sorte que les procédures démocratiques viennent ajouter une plus-value de légitimité politique à cet usage souverain d’une sorte de droit de mort. « La race, le racisme, c’est la condition d’acceptabilité de la mise à mort dans une société de normalisation » (Foucault). Le racisme n’est pas seulement lié à des mentalités, à une idéologie, etc. Ce que nous voyons aux États-Unis, en Italie ou en Belgique c’est que le racisme est d’abord une technologie de pouvoir qui vise à fracturer à l’intérieur du continuum biologique que constitue la population afin de détacher, d’identifier et d’expulser des individus « dangereux ». C’est exactement ce qui se passe dans la « chasse à l’immigration clandestine ». Les centres fermés sont, dans ce cadre, des dispositifs de domination qui visent à fabriquer cette césure. Les droits de l’homme et de l’enfant (et peut-être encore d’avantage la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme en ces matières) peuvent constituer des points d’appui, des leviers politico-juridiques pour tenter de civiliser les dérives fascisantes à l’œuvre partout en Europe – et il serait stupide de ne pas s’en saisir au moment où la force brute tente d’en défaire point par point la portée constitutive – mais nous ne parviendrons pas à défaire cette biopolitique raciste si nous ne nous attaquons pas aux dispositifs qui la rende effective.
– démantèlement des centres fermés
– fin des rafles et des expulsions
– régularisation des « sans-papiers »
– abolition des règlements de Dublin
– instauration d’un droit d’asile nouveau qui prenne en compte les réalités migratoires du XIXe siècle
– instauration d’un droit nouveau de la circulation et de l’installation
– fin de la double peine, des déchéances de nationalité et des traitements discriminants des citoyens binationaux
– fin des contrôles aux faciès et du profilage ethnique
– …
juillet 16, 2018